https://iclfi.org/pubs/lb/243/taches-gauche
12 mai – Du Venezuela à l’Iran, les États-Unis cherchent à coups de masse à réaffirmer leur hégémonie mondiale affaiblie par trente ans d’une « mondialisation » qu’ils avaient eux-mêmes imposée. Avec l’État sioniste, ils ont pilonné l’Iran pendant des semaines et le Liban jusqu’à présent, et ce n’est pas fini. Leur cible ultime est claire pour tous : la République populaire de Chine, qui a développé une énorme puissance industrielle et militaire pendant ces trente ans. Pour les États-Unis, il s’agit d’isoler et d’affaiblir la Chine avant de se lancer prochainement dans une guerre contre elle. Vu le déclin de l’impérialisme français, nos « propres » capitalistes s’accrochent aux Américains comme la seule manière de se maintenir parmi les puissances qui dominent le monde. C’est pourquoi on ne peut pas lutter contre nos « propres » impérialistes sans combattre l’impérialisme américain (voir « La fausseté de l’analyse interimpérialiste », page 12, ainsi que nos articles sur la Chine en pages 11 et 12).
La tâche pour les révolutionnaires est claire : il faut s’opposer par tous les moyens à l’impérialisme américain. Sinon, ce seront les travailleurs qui payeront les frais du renforcement des USA et de ses laquais. Chaque victoire obtenue par Trump et ses complices dans leur campagne à long terme placera les travailleurs et les opprimés en moins bonne position encore. Mais l’inverse est aussi vrai : chaque revers des impérialistes affaiblira la bourgeoisie, y compris la nôtre, et donnera un nouvel élan au mouvement ouvrier !
En France le Rassemblement national ne cesse de progresser, comme l’ont montré les récentes élections municipales. Les avancées électorales successives du RN au fil des dernières années sont le reflet d’un profond virage à droite dans la société, notamment parmi les travailleurs, qui ont vu leurs conditions de vie et de travail se dégrader sans cesse au fil de décennies de libéralisme et de la succession de défaites dues aux trahisons des bureaucrates syndicaux et de la gauche institutionnelle.
Il faut briser l’hégémonie de LFI à gauche
LFI a fait une percée dans plusieurs banlieues ouvrières et immigrées. Une partie des travailleurs, notamment dans les quartiers, et surtout une partie de la petite bourgeoisie libérale, placent leurs espoirs dans une défaite électorale du RN face à la France insoumise en 2027. Mais LFI sape ce soutien et ne fait que renforcer l’extrême droite en ayant constamment recours à des alliances électorales avec le PS et les verts, détestés quasi unanimement par les travailleurs et les opprimés, et en revendiquant l’ « écologisme social » et un antiracisme libéral qui traite tous les électeurs du RN de « fachos ».
De l’autre côté, Mélenchon s’est fait éjecter de l’ « arc républicain » des capitalistes à cause de ses prises de position contre le génocide à Gaza, contre les violences policières, pour « bloquons tout » ou, plus récemment, que l’Iran est « dans un état de légitime défense ». Pour toutes ces raisons la bourgeoisie ne permettra jamais à Mélenchon de prendre les rênes de l’impérialisme français.
Voici donc le problème fondamental de LFI : son programme républicain de gauche essaie de satisfaire en même temps les intérêts des travailleurs et ceux des capitalistes. Résultat : elle est ostracisée par les capitalistes tout en paralysant les luttes de travailleurs. Le programme des mélenchonistes ne peut mener qu’à la défaite et la démoralisation.
Voilà pourquoi l’unité politique avec Mélenchon et les appels à voter LFI (voir « Municipales deuxième tour : Abstention ! », ci-dessus) discréditent la gauche marxiste et l’isolent davantage du gros de la classe ouvrière, renforçant ainsi l’extrême droite. Pour briser l’hégémonie des mélenchonistes sur la gauche, il faut exploiter leurs contradictions en prenant leurs positions les plus à gauche et en exigeant qu’ils agissent en conséquence.
Il faut regarder la réalité en face
La gauche trotskyste (LO, NPA-R, RP) ne s’en est pas trop mal sortie aux municipales. Mais la centaine de milliers de voix et la trentaine de conseillers municipaux obtenus ne seront qu’une goutte d’eau dans l’océan si l’on ne change pas de cap. Il faut regarder la réalité en face. Le mouvement ouvrier dans son ensemble est au plus bas depuis des décennies. Les syndicats sont profondément discrédités par le refus des bureaucrates de se battre sérieusement pour défendre les acquis des travailleurs, combattre les licenciements qui se multiplient et défendre ses propres rangs face aux attaques des patrons et de l’État (voir nos articles en défense de Gaël Quirante et d’Anasse Kazib et sur la Poste ci-contre).
Dans ce cadre général, LO continue à sombrer dans la stérilité. À l’inverse, RP et le NPA-R ne cessent d’appeler à passer à l’offensive et à préparer la « grève générale ». C’est en total décalage avec ce qui se passe dans les boîtes et avec l’état d’esprit de notre classe. Avec les impérialistes américains déchaînés d’un côté, et l’extrême droite aux portes du pouvoir chez nous, les attaques contre la classe ouvrière et les minorités vont s’accentuer. Il est urgent de placer le mouvement ouvrier en position défensive pour défendre bec et ongles chaque emploi et chaque acquis. Cela exige d’organiser d’ores et déjà l’opposition politique à la bureaucratie syndicale pro-impérialiste sur tous les fronts, dans toutes les actions.
Il faut combattre l’impérialisme américain
La guerre des États-Unis et Israël contre l’Iran a mis à l’épreuve l’extrême gauche. Lutte ouvrière et le NPA-R se sont limités à dénoncer la guerre dans l’abstrait tout en refusant d’appeler à défendre l’Iran (voir « Guerre en Iran : LO et NPA-R contre Trotsky », page 3). Cette position renforce les idées fausses dans le milieu pro-Iran selon lesquelles critiquer les mollahs serait une trahison de la lutte contre l’impérialisme. Au contraire, il s’agit de montrer aux militants pourquoi seuls les trotskystes sont capables d’avancer une stratégie gagnante pour vaincre l’impérialisme.
Le NPA-R semble s’être rendu compte du problème et préfère ne pas trancher, essayant de maintenir un pacte à la fois avec Dieu et avec le Diable. Lors d’un meeting sur la guerre en Iran le 9 avril dernier, un de ses intervenants a dit : « nous sommes pour la défaite des États-Unis et d’Israël, il n’y a pas d’ambiguïté ». Excellent ! Mais le NPA-R devrait exprimer cette ligne au-delà de ses propres meetings. Au lieu de cela, il est intervenu dans les manifs avec le mot d’ordre « À bas la guerre et les tyrans, ni chah, ni mollahs, ni bombardements », un slogan qui renvoie dos à dos les camps en guerre. Les militants du NPA-R ont scandé ce mot d’ordre notamment lors d’une manif pour la Palestine le 28 mars, et cela pour « se démarquer » d’un cortège pro-Iran !
Le cortège pro-Iran en question a été exclu de la manif ce jour-là, et le NPA-R s’est retrouvé au centre de cette affaire scandaleuse. Nous prenons acte de la déclaration du NPA-R sur l’affaire (« Mise au point du NPA-R autour d’une fake-news indigne », 6 avril, et nous renvoyons nos lecteurs à notre podcast sur le sujet – voir l’annonce ci-contre). C’est simple, camarades. Le 28 mars le NPA-R a fait un choix politique : l’unité avec les sociaux-démocrates pro-impérialistes de la bureaucratie syndicale, du NPA-A, des ONG et de l’aile droite des mélenchonistes. L’exclusion de ce cortège pro-Iran est un petit exemple de comment l’unité avec les opportunistes fomente la division de la classe ouvrière. C’est cela qui sape les efforts du NPA-R pour construire le mouvement pour la Palestine depuis le 7 Octobre. Il faut en tirer les leçons !
RP : Il faut être conséquent !
En ce qui concerne la guerre en Iran, Révolution permanente prend de façon tout à fait correcte le côté de l’Iran sous-développé contre les oppresseurs impérialistes et les sionistes. Mais RP refuse d’agir en conséquence pour polariser le mouvement pro-Palestine, dominé politiquement par LFI. RP aurait dû intervenir le 28 mars pour empêcher l’exclusion du cortège pro-iranien. Au lieu de cela, elle aussi a fait le choix politique de marcher ensemble avec les sociaux-démocrates pro-impérialistes.
Plus largement, RP critique les positions les plus droitières de LFI au lieu de s’attaquer à ses contradictions : il faudrait reprendre les déclarations radicales de Mélenchon et Rima Hassan et exiger par exemple de Bally Bagayoko l’appel à une manifestation de front unique en défense de l’Iran à Saint-Denis ; qu’il lance une collecte et l’organisation d’une flottille d’aide aux chiites libanais. De tels appels trouveraient un écho partout dans les quartiers populaires au-delà de la région parisienne. Soit Bagayoko accepte, polarisant LFI elle-même et offrant aux révolutionnaires une tribune proéminente, soit il refuse et montre que LFI a un double discours. De telles actions mettraient sous pression le reste de l’extrême gauche, la forçant à se positionner.
Il ne faut pas se contenter d’une ligne correcte sur internet tout en restant, dans les faits, un témoin passif d’une hégémonie de LFI qui mène à la victoire de l’extrême droite. Les trotskystes doivent comprendre les raisons du délabrement du mouvement ouvrier et relever les énormes défis que pose la nouvelle période.

