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25 février – La situation a changé dramatiquement au détriment de la gauche à la suite de l’affaire Deranque (voir notre déclaration en page 15). Bien que la montée de l’extrême droite et l’isolement de la gauche ne datent pas d’hier, un cap est franchi avec ce nouveau lynchage politique de LFI, classée « extrême gauche » par le ministère de l’Intérieur. Il s’agit d’établir un « cordon sanitaire » allant du PS au RN lors des municipales et au-delà.

Wauquiez, le cacique de LR en Auvergne-Rhône-Alpes, a fait suspendre un énorme portrait du fasciste Deranque au siège de la région, pendant que sa camarade Martine Vassal, candidate à Marseille, scandait « Travail, famille, patrie », le mot d’ordre du régime de Vichy. 2 000 à 3 000 fascistes ont pu parader tranquillement le 21 février à Lyon.

Le message devrait être clair pour les militants LFI : la bourgeoisie est prête à tous les coups bas pour paver la voie à l’extrême droite et empêcher Mélenchon de se faire élire l’année prochaine. Il n’y aura pas de « révolution citoyenne par les urnes ». L’interdiction de LFI, et d’une partie de l’extrême gauche, devient même une possibilité palpable. Tout piquet de grève risque bientôt de se voir accusé d’« ultra-violence » et de « terrorisme ». Lecornu a annoncé le 19 février que le projet de loi Yadan criminalisant l’antisionisme passera au parlement dès le mois d’avril, ce qui pourrait mettre hors-la-loi la plupart de l’extrême gauche.

Il faut défendre LFI et le mouvement ouvrier tout entier !

La gauche trotskyste souligne à juste titre combien la campagne de la bourgeoisie, en faisant le portrait de LFI comme organisation violente et dangereuse, est mensongère et faussée. Mais ce n’est pas une querelle de faits pour prouver que la violence vient des fascistes et des flics. Ce que cela montre surtout, c’est à quel point le rapport de forces a basculé du côté de la réaction.

Nous sommes tous d’accord qu’il faut se serrer les coudes en défense de LFI, et qu’il faut défendre intelligemment nos meetings, nos locaux, nos manifestations contre les provocations qui risquent de se multiplier. Il faut faire front commun pour défendre ensemble nos militants respectifs, pourchassés par les patrons et leurs tribunaux, en brisant les concurrences de chapelle entre syndicats et les barrières sectaires entre organisations d’extrême gauche (voir notre article sur la Poste en page 5).

Le républicanisme radical de gauche des mélenchonistes suffit à la bourgeoisie pour qu’elle voie rouge. Mais en essayant de concilier les intérêts des travailleurs et des opprimés avec ceux de l’impérialisme français, ce républicanisme radical a contribué depuis des années aux défaites dans les grandes batailles de la classe ouvrière française. Y compris face à la chasse aux sorcières dont elle est victime, LFI est dans l’incapacité de se défendre efficacement car elle cherche constamment à se réinsérer dans l’« arc républicain », à reconstituer l’unité au moins pour le deuxième tour des municipales avec les sionistes du PS et des verts, etc.

C’est pour cela que nous insistons sur la nécessité d’un bloc ouvrier anti-RN en rupture politique avec le mélenchonisme, et c’est pourquoi dans les municipales nous appelons à voter LO, NPA-R et RP là où elles se présentent, tout en reconnaissant que leurs campagnes ne sont pas à la hauteur des enjeux. Malheureusement ils font à nouveau des campagnes séparées, et par endroits en concurrence.

LO, NPA-R, RP doivent ouvrir les yeux

Il faut évidemment une défense commune de LFI et de nos organisations face à la vague réactionnaire. Mais surtout pour les trotskystes, il faut changer de cap en prenant en compte l’état de faiblesse actuel du mouvement ouvrier et le contexte défensif dans lequel nous nous retrouvons.

Le défi pour les organisations trotskystes, c’est de réajuster leur tactique, à commencer par leur campagne électorale, pour répondre à la situation actuelle. Malheureusement elles se limitent, à ce stade, à reconnaître que la situation n’est pas bonne sans pour autant modifier leur approche mais tout en s’attendant à un résultat différent cette fois-ci.

Lutte ouvrière ne cesse d’avertir que la guerre approche sans pour autant donner la moindre perspective sur ce qu’il faut faire maintenant (ni quand la guerre éclatera). Prêcher les vertus du socialisme de l’avenir, comme le fait LO, ce n’est pas cela qui permettra de ressouder l’avant-garde à une classe ouvrière préoccupée par sa propre survie dans un contexte écrasant.

Les travailleurs se tournent de plus en plus vers l’extrême droite parce que l’extrême gauche n’a pas réussi à présenter une alternative crédible ni au RN ni aux républicains de gauche. Dans la mesure où le NPA-R et RP ont une espérance pour changer le rapport de force, c’est en se lançant une fois de plus dans de nouveaux « bloquons tout » comme en septembre dernier. Mais ce que ce dernier mouvement a montré c’est que la classe ouvrière ne voit pas en ce moment l’intérêt de se lancer dans un mouvement reconductible qui ne promet qu’une défaite, encore une. Il a montré aussi le gouffre qui sépare l’extrême gauche du gros de la classe ouvrière. Ni le NPA-R ni RP n’ont fait un bilan sérieux du « septembre rouge » qui a fait pschitt.

Il faut arrêter d’espérer un grand « mouvement d’ensemble », couronné si possible par une « grève générale », qui pourrait soudainement remettre à zéro les compteurs et effacer d’un trait la succession des défaites qui a pavé la voie à la montée de la réaction. Il ne viendra pas de nulle part, il faut en préparer les conditions par un travail à la fois patient et tenace en commençant à construire une opposition syndicale en rupture claire avec l’opportunisme dans la perspective de remplacer les bureaucrates. Faute de cela, faire quarante prières déclamant que « la force des travailleurs c’est la grève » ne contribue pas à crédibiliser RP ou le NPA-R auprès des travailleurs !

La tâche du moment pour les militants d’extrême gauche est de montrer à la classe ouvrière dans ses luttes quotidiennes partielles qu’ils sont mieux à même de défendre ses intérêts que les bureaucrates syndicaux et les mélenchonistes fidèles au « partenariat social » avec la bourgeoisie.

Cela exige une perspective révolutionnaire claire afin de surmonter les divisions syndicales, sexuelles, ethniques, religieuses et raciales qui minent l’unité de la classe ouvrière. Il faut rompre avec les opportunistes à la tête des syndicats et avec leurs amis politiques du PCF ou de LFI. Il faut arrêter de traiter de fachos les ouvriers qui votent RN par dépit des trahisons de la gauche, et chercher à combattre politiquement l’influence de l’extrême droite en montrant à ces travailleurs qu’il est dans leur propre intérêt de se mobiliser activement pour défendre tous les opprimés, notamment les musulmans.

Face à la réaction, voici quelques axes pour orienter les luttes :

  • Défense de LFI et du mouvement ouvrier !
  • Repousser chaque attaque ! Défendre chaque acquis ! Caisses de grève ! Piquets de grève ! Comités de grève !
  • Ça suffit la concurrence entre les syndicats ! Pour défendre nos intérêts, il faut l’unité des travailleurs !
  • À bas les interdits islamophobes contre le foulard à l’école et au travail !
  • À bas la multiplicité des statuts ! Embauche de tous les précaires et sous-traitants au statut !

C’est avec une telle démarche que l’extrême gauche pourra regagner la confiance des travailleurs et que la classe ouvrière sera en mesure de repasser à l’offensive quand le vent tournera.