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Depuis un mois, les États-Unis et Israël bombardent l’Iran ; Trump menace d’envoyer des troupes au sol en Iran. Entre-temps, Nétanyahou frappe le Liban et envahit le sud du pays. Les impérialistes européens se rangent derrière Trump. Macron a offert la base d’Istres aux Américains, et ses unités au Proche-Orient tirent à profusion contre les missiles et drones iraniens. Après le génocide sioniste à Gaza, cette nouvelle guerre est très impopulaire en France et beaucoup de travailleurs, notamment dans les quartiers populaires où la minorité musulmane est nombreuse, savent qu’il faut choisir un camp : avec l’Iran, contre les impérialistes américains et leurs sbires sionistes (et français).

Néanmoins, les manifestations contre la guerre sont minuscules, à peine quelques centaines de personnes, et dominées par une politique de « ni ni » (« ni Trump ni les mollahs ») qui se limite à dénoncer la guerre en général tout en refusant de prendre position pour la défense de l’Iran. C’est le cas de la plupart des organisations se réclamant du trotskysme en France, notamment Lutte ouvrière et le Nouveau parti anticapitaliste-Révolutionnaires. Le pire a été le titre « Iran : Ni Trump, ni Pahlavi, ni Khamenei ! » (Lutte ouvrière, 13 mars) renvoyant dos à dos les parties en conflit.

LO et le NPA-R lancent des mots d’ordre comme « À bas la guerre impérialiste ! » (Bulletin d’entreprise de LO, 23 mars) ou « À bas la guerre de Trump et Netanyahou » (Révolutionnaires, 19 mars) ; ils exigent le retrait des troupes françaises de la région. Certes. Mais ils refusent obstinément d’appeler à la défense de l’Iran semi-colonial, à la défaite des impérialistes !

LO et le NPA-R prétendent ainsi représenter l’« indépendance de classe » face aux impérialistes et aux mollahs, avec des appels soi-disant « révolutionnaires » mais totalement abstraits comme « Il faut que les travailleurs décident de prendre leur sort en main et de gérer eux-mêmes la société. Le plus tôt sera le mieux ! » (Bulletin d’entreprise de LO, 2 mars). En réalité, cette ligne « ni ni » masque la différence entre révolutionnaires et opportunistes ; elle permet au « camp des travailleurs » et au « pôle des révolutionnaires » de flotter dans le courant de l’opinion publique petite-bourgeoise. Nous savons que les camarades de LO et du NPA-R sont des communistes dévoués, mais il faut être clair : le refus de prendre le côté du pays opprimé face à ses oppresseurs constitue une capitulation devant les impérialistes, y compris les « nôtres ».

Les militants de LO et du NPA-R argumentent contre le « campisme » (un simple « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ») sous prétexte de ne pas soutenir le régime sanguinaire des mollahs. Mais la question posée dans cette guerre n’est pas de décider s’il y a un régime moins pire entre les mollahs et Trump/Nétanyahou, mais de comprendre que les États-Unis sont le principal soutien de l’ordre impérialiste mondial et donc de trouver la façon de construire un rapport de force favorable aux travailleurs et aux opprimés du monde entier, ainsi que le combat d’une nation opprimée pour se défendre contre l’impérialisme. Il faut montrer que la politique des mollahs, basée sur l’oppression des femmes et des minorités ethniques et religieuses, sur le communautarisme chiite et le nationalisme grand-perse, fait obstacle à l’unité dans la lutte contre l’impérialisme.

Il faut être conscient que le régime iranien se maintient en place en partie parce que depuis 40 ans il refuse de se prostrer devant les impérialistes américains et Israël, à la différence de la plupart des dirigeants de la région et du Maghreb. On ne peut pas miner politiquement le régime iranien sans défendre l’Iran de façon nette contre l’impérialisme. Trotsky l’expliquait en 1938 par un exemple hypothétique :

« Il règne aujourd’hui au Brésil un régime semi-fasciste qu’aucun révolutionnaire ne peut considérer sans haine. Supposons cependant que, demain, l’Angleterre entre dans un conflit militaire avec le Brésil. Je vous le demande : de quel côté sera la classe ouvrière ? Je répondrai pour ma part que, dans ce cas, je serai du côté du Brésil “fasciste” contre l’Angleterre “démocratique”. Pourquoi ? Parce que, dans le conflit qui les opposerait, ce n’est pas de démocratie ou de fascisme qu’il s’agirait. Si l’Angleterre gagnait, elle installerait à Rio de Janeiro un autre fasciste, et enchaînerait doublement le Brésil. Si au contraire le Brésil l’emportait, cela pourrait donner un élan considérable à la conscience démocratique et nationale de ce pays et conduire au renversement de la dictature de Vargas [le dictateur brésilien]. La défaite de l’Angleterre porterait en même temps un coup à l’impérialisme britannique et donnerait un élan au mouvement révolutionnaire du prolétariat anglais. »

– « La lutte anti-impérialiste » (entretien avec le militant syndical argentin Mateo Fossa)

Tous ceux qui se réclament du trotskysme connaissent sans doute les dizaines, même les centaines d’écrits de Lénine et Trotsky exposant cette même idée. Mais LO et le NPA-R, se croyant peut-être plus révolutionnaires qu’eux, choisissent la ligne opposée. Ce faisant, ils discréditent le trotskysme et, comme nous allons le montrer, font le lit du mélenchonisme.

Le grand bond en arrière de LO

Lors de son congrès fin 2024, LO était finalement arrivée, sous la pression des critiques correctes de RP notamment, à prendre une position concrète et sans ambigüité pour la défaite d’Israël au Moyen-Orient. LO écrivait sur l’Iran :

« Ce n’est pas toujours simple. On peut dire aujourd’hui que dans une guerre d’Israël contre l’Iran nous serons dans le camp de l’Iran, car c’est évidemment le régime iranien qui est la cible de l’impérialisme, mais demain cela peut évoluer, l’Iran peut conclure d’autres alliances, etc. »

– Lutte de classe n° 244, décembre 2024-janvier 2025

C’était un pas en avant important pour LO, qui auparavant renvoyait dos à dos le Hamas et Nétanyahou. Mais, hélas ! cela n’a pas duré.

Six mois plus tard, Israël et les États-Unis lançaient la « Guerre de douze jours » contre l’Iran, qui n’avait toujours d’autre alliance que l’Axe de la résistance (Hamas, Hezbollah et les houthis). Déjà à l’époque, LO a renié sa promesse de prendre le camp de l’Iran. Qu’est-ce qui a changé depuis ? La nouvelle attaque américano-sioniste est massivement plus brutale et l’Iran se trouve pratiquement seul, étant donné l’affaiblissement de ses alliés au sein de l’Axe. (Les bureaucrates chinois refusent de donner la moindre assistance sérieuse à leurs « alliés », que ce soit à Cuba, au Venezuela ou en Iran.) Et LO continue à déshonorer la parole donnée en 2024.

En fait, depuis ce congrès LO ne fait qu’avertir contre « la guerre » qui arrive, au point de devenir caricaturale, sans poser la moindre tâche concrète aux travailleurs, sans donner la moindre perspective, à part « construire le parti ».

Pour un pôle des révolutionnaires, il faut changer de cap !

Si la ligne du NPA-R sur la guerre en Iran est indistinguable de celle de LO, le premier est plus ouvert au débat et à la collaboration entre communistes. Mais le NPA-R persiste dans un état d’indéfinition programmatique qui fait obstacle à la clarification politique et à la construction du pôle des révolutionnaires qu’il appelle de ses vœux.

Lors du meeting de clôture de sa campagne pour les municipales à Ivry-sur-Seine le 12 mars, nous sommes intervenus pour souligner la nécessité d’une position claire en défense de l’Iran dans cette campagne et au-delà. Le camarade responsable de la rédaction de Révolutionnaires nous a répondu notamment en affirmant que le NPA-R est « pour faire échec à la guerre des impérialistes par tous les moyens ». Très bien ! Cela ne peut dire que se placer pour la défaite des impérialistes, pour la victoire de l’Iran – même si ce n’est sans doute pas un hasard que cette conclusion soit restée implicite.

Une semaine plus tard, Révolutionnaires publiait un « dossier » complètement inerte, descriptif et « ni ni » où la ligne correcte d’« échec par tous les moyens » n’apparaît pas. Pour le NPA-R, cette indéfinition doit servir à construire un mouvement le plus large possible. C’est une recette qui a fait faillite par rapport à la Palestine, pourquoi donnerait-elle un résultat différent par rapport à l’Iran ?

LFI les double sur la gauche

La position de LFI sur la guerre en Iran a été incohérente dès le début, ce qui découle des contradictions inhérentes à son programme républicain de gauche. Le 28 février, Rima Hassan écrivait sur X de façon tranchante et courageuse : « L’Iran a le droit de se défendre et Israël a le droit de la fermer » ! Elle se plaçait ainsi franchement à gauche non seulement de ses propres camarades, mais aussi de la plupart des « trotskystes » français ! Cinq jours plus tard le groupe LFI à l’Assemblée nationale publiait un communiqué dégoûtant appelant le gouvernement à « respecter ses accords de défense avec les pays de la région qui pourraient être visés par des frappes iraniennes, tout en défendant le droit international et en œuvrant à la désescalade » ! Puis Mélenchon, qui jusque-là n’avait dit que des platitudes sur le « droit international », s’est rallié à Rima Hassan en clôture de campagne de LFI à Lille le 19 mars, affirmant que l’Iran est « dans un état de légitime défense » et lançant aux impérialistes : « rentrez chez vous ! ».

Non seulement la droite et l’extrême droite, mais aussi les travailleurs de gauche et les habitants des quartiers vont se souvenir non pas de la déclaration macroniste des députés LFI, mais des affirmations radicales et correctes de Rima Hassan et Mélenchon. Et non, la France insoumise n’est pas devenue soudainement « anti-impérialiste » : LFI est une organisation petite-bourgeoise hétéroclite qui a un pied dans chaque camp. Si son but est de gérer et renforcer l’impérialisme français face aux Américains, elle cherche aussi à se placer du côté des travailleurs et des opprimés, parfois de façon assez radicale (dénonciations du génocide, « bloquons tout ! », défense des quartiers, lutte contre l’islamophobie). Évidemment on ne peut pas servir deux maîtres, et c’est ce « en même temps » de LFI qui mène les luttes dans l’impasse.

Pour combattre ce républicanisme de gauche, il faut chercher à exacerber ses contradictions, en poussant par exemple à des actions de front unique avec LFI pour faire avancer la lutte tout en polarisant LFI elle-même : mobiliser les travailleurs français pour empêcher tout soutien à la flotte de guerre et empêcher l’utilisation des bases françaises par les Américains ; annulation de tous les traités avec les monarchies féodales du Golfe, valets des Américains ; pour la levée des sanctions contre l’Iran (et la Russie), etc. Évidemment, cela n’a même pas de sens si l’on refuse d’appeler à la défense de l’Iran !

RP et PCR : Il faut agir !

Il est important de faire remarquer qu’il y a des organisations trotskystes dans ce pays qui prennent une position claire pour l’Iran dans la guerre actuelle, quelles que soient nos divergences plus larges : à notre connaissance, à part nous-mêmes dans la LTF, il s’agit du Parti communiste révolutionnaire (de la tendance grantiste) et Révolution permanente. Mais avoir une position correcte sur le papier ou sur internet ne suffit pas : il faut nous battre pour réorienter les trotskystes et polariser les mouvements !

Nous laisserons une polémique avec le PCR et RP pour un autre moment. Ce qui importe à présent, à notre avis, c’est que RP, après sa campagne électorale très réussie notamment à Saint-Denis (9-3), est en très bonne position pour interpeller LFI pour mettre en place des actions de front unique et exiger de passer des paroles aux actes ! Il est urgent de nous mobiliser maintenant !