https://iclfi.org/pubs/lb/2026-abstention
20 mars – Malheureusement il n’y a aucune force qui présente un pôle ouvrier indépendant dans ces élections pour s’opposer à la montée du RN et de l’extrême droite. Le PS, le PCF et les verts ont gouverné pendant une partie significative des dernières décennies d’attaques anti-ouvrières et islamophobes. Tout soutien à ces forces libérales-républicaines ne peut que conforter l’idée, déjà bien ancrée parmi de larges masses travailleuses, que seul le RN représente une alternative à la mondialisation libérale et son idéologie républicaine française.
LFI, en dépit des vérités qu’elle a assénées sur l’infamie du PS, et en dépit de ses prises de position parfois courageuses sur les quartiers et sur la Palestine, a fait des pieds et des mains pour se faire réintégrer dans le giron du front populaire. Elle se voit en effet elle-même comme le meilleur garant de l’ordre républicain « progressiste » avec toutes ses promesses de gauche sur la justice et l’égalité pendant que les travailleurs se font faire les poches. Du coup LFI s’est montrée incapable de même se défendre vigoureusement contre la chasse aux sorcières anti-antifasciste multipartite qui la visait à la suite de la mort du fasciste Deranque. À Paris, LFI ne s’est maintenue que parce que le PS n’a pas daigné fusionner les listes : il n’y a pas de quoi la récompenser de notre vote ! Et à Marseille le mélenchoniste Sébastien Delogu s’est carrément retiré au profit du PS et des verts au nom de l’ « antifascisme » républicain.
Il n’y a pas de raccourci à la lutte pour un pôle ouvrier indépendant contre le RN, qui soit donc nécessairement opposé à LFI et au front populaire. L’extrême gauche a fait plus de 100 000 voix, mais en se présentant de façon dispersée : il y avait jusqu’à quatre listes se réclamant du trotskysme dans certaines villes, si on inclut le PT qui faisait campagne pour l’unité du front populaire (d’où notre refus d’appeler à voter pour lui). De plus, la campagne de LO et du NPA-R a été une candidature de témoignage se contentant pour l’essentiel d’affirmer une perspective abstraite « pour la révolution ».
Pire encore, Selma Labib, porte-parole du NPA-R et candidate à Ivry, a sorti un tract le 17 mars insistant pour le deuxième tour que « nous comprenons bien sûr les travailleurs et les travailleuses qui utiliseront un bulletin Front populaire ivryen pour faire baisser le pourcentage et la représentation du RN ». C’est conforter les illusions que le front populaire pourrait être un outil contre l’extrême droite. Camarades du NPA-R, à quoi cela sert-il alors d’avoir scissionné avec Poutou et compagnie qui font bloc avec le front populaire ?
RP a fait une campagne beaucoup plus dynamique et concrète, notamment à Saint-Denis dans le 9-3 où elle s’est hissée en troisième position et a fait élire deux conseillers municipaux. Néanmoins, sur la question brûlante du moment, la guerre impérialiste et sioniste contre l’Iran, RP a évité dans sa campagne, autant que nous puissions en juger, de mettre en avant sa ligne absolument correcte pour la victoire de l’Iran. Cela aurait aidé à mettre à nu la division de classe qu’il y a entre la base du mouvement pour la Palestine, où les sentiments pour l’Iran sont profonds, et sa direction pro-impérialiste : les mélenchonistes regrettent que Trump n’utilise pas les bonnes méthodes pour désarmer l’Iran. Et finalement RP vient d’agréer un vote pour LFI là où elle a une liste indépendante, comme à Paris. Son « programme anticapitaliste » n’a pas dépassé non plus le premier tour.
Nous appelons RP, LO et le NPA-R à tirer un bilan correct de leur campagne municipale en luttant avec une tout autre énergie pour un pôle des révolutionnaires, qui soit construit comme une opposition, une alternative au front populaire et surtout à son aile gauche insoumise.

