https://iclfi.org/pubs/lb/2026-deranque
16 février – Le militant d’extrême droite Quentin Deranque est mort samedi 14 à la suite d’une altercation avec des militants antifascistes. Il est manifeste à ce stade que le service d’ordre de la France insoumise n’était pas impliqué. Mais depuis, une vaste campagne de criminalisation de l’ensemble de la gauche, en commençant par LFI, se déchaîne. La réaction, à commencer par le chef de l’État, en profite pour tirer encore plus vers la droite tout le spectre politique et préparer la venue au pouvoir du RN dans les plus brefs délais.
C’est une situation très dangereuse pour l’ensemble du mouvement ouvrier, présageant de nouvelles attaques contre ses organisations. Des organisations d’extrême gauche, voire LFI, risquent l’interdiction dans ce nouveau contexte. Il faut faire corps pour prendre la défense de la France insoumise, notamment de Rima Hassan qui est victime d’une hystérie raciste anti-palestinienne de la part de Macron, Glucksmann et compagnie. Il est clair depuis longtemps que c’est l’extrême droite qui a le vent en poupe. Cette affaire ne va que renforcer cette dynamique et contribuer à isoler davantage l’extrême gauche du gros des travailleurs.
Autant que nous le sachions, Quentin Deranque était un véritable fasciste, ancien militant de l’Action française de l’antisémite historique Charles Maurras puis, après la dissolution de celle-ci, d’un autre groupe fasciste local. Évidemment il faut être prêt à défendre les militants, les meetings et les rassemblements de la France insoumise et du mouvement ouvrier face à des provocations des fascistes. Mais il faut tenir compte du fait que, si toute la dynamique tire le spectre politique vers la droite et que le RN est aux portes du pouvoir, les fascistes restent des groupuscules marginaux. Si le RN a l’ascendant, c’est parce que l’extrême gauche n’a pas réussi pendant des décennies à lutter pour une alternative ouvrière viable au consensus libéral républicain. La base électorale du RN, ce ne sont pas des fascistes mais en grande partie des travailleurs déçus par les trahisons de la gauche, qui voient l’extrême droite comme la seule véritable opposition au système qui les écrase.
Le fait même que LFI et l’essentiel de l’extrême gauche ont tendance à faire l’amalgame entre le RN, ou autres organisations réactionnaires comme Nemesis, et les groupuscules fascistes ne peut qu’alimenter cet engrenage réactionnaire. Nemesis en particulier, des femmes d’extrême droite, sert de leurre pour des provocations impliquant de véritables fascistes, et à la veille du 8 mars il faut être conscient du piège qui va être tendu à la gauche. Les tactiques désespérées consistant à dénoncer tout le monde comme des fascistes et se lancer à tort et à travers dans des bagarres de rue contre les groupuscules fascistes, tout cela est contre-productif, alimentant la criminalisation de l’extrême gauche. Ce faux radicalisme est le produit de la faillite de la gauche et de l’extrême gauche, manifestement incapables jusqu’à présent de faire face politiquement à la montée de l’extrême droite.
Pour couper l’herbe sous le pied à celle-ci, il faut au contraire lutter pour unifier la classe ouvrière face aux attaques des capitalistes en combattant les divisions racistes, semées par la droite, qui visent notamment les musulmans. Pour cela, il faut montrer aux travailleurs une voie de lutte indépendante pour qu’ils puissent se battre pour leurs propres intérêts. C’est dans la mesure où l’extrême gauche gagnera la confiance des travailleurs que la sinistre dynamique actuelle pourra être inversée.
Ligue trotskyste de France

