https://iclfi.org/pubs/lb/2026-lycees
3 octobre – Depuis deux semaines les lycéens sont en lutte contre la déliquescence totale de l’éducation publique : établissements en ruines, cafards, manque de profs, queues sans fin à la cantine pour des repas inabordables, classes surchargées, journées interminables, etc. Le mouvement a démarré dans les quartiers du 9-4 et du 9-3 et s’est étendu comme une traînée de poudre dans tout le pays, dans les colonies et même en Belgique, parce que partout les jeunes subissent cette dégradation et peuvent voir combien les quartiers populaires sont le laboratoire de leur propre misère. Réponse du gouvernement : des milliers d’arrestations et environ 2000 gardes à vue en date d’aujourd’hui ; même le ministère de l’Education reconnaît 170 blessés parmi les jeunes, y compris un jeune éborgné, un autre à la mâchoire fracturée par les flics.
Face à la violence policière, le mouvement ouvrier doit se mobiliser en masse pour défendre les jeunes et l’éducation publique. Il est plus que temps ! Les parents de ces lycéens sont au cœur de la classe ouvrière, et ils sont eux-mêmes confrontés aux attaques du gouvernement. Les profs, autrefois emblèmes de la République, sont aujourd’hui smicardisés, contraints à des heures sup interminables pour joindre les deux bouts. Après tant de défaites la démoralisation règne parmi beaucoup de travailleurs, au point que beaucoup ne font pas la différence entre la sauvagerie des flics armés jusqu’aux dents et les tentatives des jeunes pour se protéger.
Les bureaucrates de la FSU et du mouvement ouvrier tout entier confortent cet état d’esprit en acceptant le cadre donné par la propagande des sbires du capital. Ainsi Sophie Vénétitay, cheffe du SNES, le principal syndicat dans les lycées et collèges s’est limitée à déclarer que la terreur policière n’était pas « proportionnée ». Quelle « proportion » de répression aurait-elle été justifiée pour écraser les revendications absolument justes des jeunes ? La déclaration du SNES souligne que « Toutes les violences, d’où qu’elles viennent, doivent cesser. » Les bureaucrates syndicaux se sont contentés de mobiliser des cortèges faméliques lors de la journée d’action en défense de la fonction publique le 29 septembre. En fait les cortèges les plus fournis ce jour-là, en dehors des pompiers et des lycéens eux-mêmes, c’était les flics (Un1té FO, UNSA-Police, Alliance police nationale notamment) ! C’est un scandale que toutes les bureaucraties syndicales organisent dans leurs rangs des flics, y compris les « contestataires » de SUD et de la CGT !
Le site satirique Le Gorafi l’a bien exprimé : « Face au manque de moyens dans les lycées, le gouvernement promet davantage de CRS ». En effet, les seuls moyens que met en œuvre depuis des années le gouvernement, c’est la répression et le flicage : caméras de surveillance, grillages, interdiction du foulard et de l’abaya, interdiction du téléphone, interdiction des réseaux sociaux, etc. Il se plaint de ne pas trouver de profs à embaucher, mais c’est lui-même qui restreint davantage chaque année les embauches et diminue les salaires réels pour rendre la profession inattractive et pour l’ubériser. La bourgeoisie française en pleine décadence n’a plus que faire de jeunes pensant par eux-mêmes et ayant des qualifications. Il n’y a guère d’espoir pour les jeunes des classes populaires à l’issue du lycée, ParcourSup se chargeant de la sélection raciale, au service de l’élitisation de certains enseignements quand tout le reste se dégrade.
Ce déclin de l’enseignement est le résultat de la désindustrialisation du pays. Les usines ferment, les services publics sont délabrés, les emplois sont totalement précarisés. Programme de Macron : sortez-vous-en vous-mêmes en créant votre start-up, à défaut de traverser la rue. L’école elle-même est à juste titre perçue par les jeunes comme un endroit répressif servant à leur inculquer qu’ils sont des moins que rien.
Le mouvement commence à prendre dans les facs. Le désastre de l’enseignement supérieur n’est que le prolongement de celui du primaire et du secondaire. Étudiants sur les facs : c’est le moment de rejoindre le mouvement et se battre pour faire reculer le gouvernement !
Pour essayer d’éteindre le feu qu’il a lui-même allumé, le gouvernement a lancé une chasse aux sorcières sinistre contre les mélenchonistes et leurs « proxys » ainsi que contre des « agitateurs d’ultra-gauche ». Révolution permanente, qui est très active dans la mobilisation, est dans la ligne de mire des flics ; tout le mouvement ouvrier doit se placer du côté de RP, et de LFI, face à cette menace. Mélenchon a ridiculisé la paranoïa policière de Geffray et compagnie, qui prennent toujours l’explosion d’un mouvement de masse comme le résultat d’une conspiration bolchévico-islamiste, et il a insisté que nulle part aucun insoumis n’a appelé sous aucune forme à la révolte.
Mélenchon a à son honneur refusé d’appeler au retour au calme, comme déjà lors de la révolte des quartiers de 2023, et ses cadres se sont montrés partout sur les lycées en solidarité avec les jeunes. En résultat, d’un côté les insoumis sont vilipendés comme encore une fois en dehors de l’« arc républicain », de l’autre les lycéens ont hissé sur leurs épaules le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko.
Depuis plus de deux ans les profs du 9-3 se battent en vain pour un « plan d’urgence ». Toute la gauche est d’accord pour demander des millions pour l’éducation. Mais comment y arriver ? Comment Mélenchon peut-il prétendre les arracher à la bourgeoisie s’il ne s’engage pas à exproprier le CAC-40 ? C’est la seule voie pouvant offrir aux jeunes un avenir en réindustrialisant le pays. Voici le dilemme insoluble de Mélenchon : s’il s’engage sur cette voie, il devient effectivement inéligible du point de vue de la bourgeoisie. S’il ne le fait pas, toutes ses promesses resteront des promesses en l’air qui démoraliseront les travailleurs quand il les trahira, préparant pour de bon la venue au pouvoir de l’extrême droite. Et Mélenchon finira comme son ex-camarade Hollande, l’« ennemi de la finance ».
Pour stopper la terreur policière il faut autre chose que les appels à la non-violence à la Gandhi qu’adresse Mélenchon aux jeunes : il faut se battre pour mobiliser la puissance de la classe ouvrière. Mélenchon et les bureaucrates syndicaux travaillent au contraire sur deux lignes parallèles, chacun dans son couloir, pour canaliser le mouvement : Mélenchon propose le bulletin de vote comme seule solution, et la FSU cherche manifestement à canaliser le mouvement en appelant à une journée de grève « carrée » avec manifestation (qu’elle espère d’enterrement) le 6 octobre. Mélenchon propose d’y aller avec des casques et brassards blancs, ce qui transformerait ce qui devrait être une action militante en une « marche blanche » pacifiste acceptable pour des Glucksmann.
Le rôle de l’avant-garde est au contraire de chercher à combattre ces manœuvres et la démoralisation qui dominent parmi les travailleurs. Un enjeu central est d’affronter la question de la laïcité républicaine, une des armes principales de la bourgeoisie pour désigner les quartiers à la vindicte populaire. Les mesures contre le foulard, l’abaya etc. renforcent les jeunes dans l’idée que l’école est essentiellement un lieu de répression. Vénétitay veut ainsi faire le sale boulot à la place des flics en « expliquant » aux jeunes femmes que la laïcité signifie qu’elles ne peuvent venir à l’école avec une abaya. Le soutien des bureaucrates syndicaux de l’éducation à la loi anti-musulmans, anti-femmes et anti-jeunes de 2004 contre le foulard a scellé un pacte de collaboration de classe depuis vingt ans qui a mené à la déchéance actuelle de l’enseignement – et des enseignants. La classe ouvrière est aujourd’hui sur la défensive ; pour pouvoir commencer à renverser la vapeur, la tâche de l’heure est de prendre la défense des jeunes.
- Défense des lycéens ! À bas toutes les poursuites ! Amnistie générale !
- Flics hors des syndicats !
- Des milliards pour l’éducation ! Expropriation du CAC 40 !
- Des milliers d’embauches de profs, d’ATSEM, d’infirmières, d’animateurs ! Et il faut doubler leur salaire !
- À bas ParcourSup ! À bas « Bienvenue en France » et « Mon master » ! Éducation gratuite et de qualité pour tous !
- À bas la loi de 2004 et toutes les lois islamophobes !
- Travailleurs de l’Éducation : il faut lutter pour une nouvelle direction syndicale pour commencer à vous défendre et défendre les jeunes !

