https://iclfi.org/spartacist/fr/2026-iran-chine
Nous avons reçu l’article suivant au début de la guerre contre l’Iran. Il a d’abord été publié sur notre page d’accueil en chinois, puis en anglais qui a servi de base à cette traduction.
L’impérialisme américain et Israël ont lancé le 28 février une guerre d’agression contre l’Iran, faisant pleuvoir les bombes sur des villes et des cibles militaires dans tout le pays. Invoquant un « changement de régime », ils cherchent à extirper cette « épine dans le pied » anti-américaine au Moyen-Orient, à ramener l’Iran à l’état de semi-colonie des États-Unis et à s’emparer de ses vastes richesses pétrolières. En même temps ils veulent avec cette attaque terroriser les forces anti-impérialistes et antisionistes de toute la région.
Après le début de la guerre, de nombreux internautes chinois ont spontanément tenté de faire des dons à l’Iran – à tel point que l’ambassade d’Iran en Chine a dû publier un communiqué spécial sur Weibo pour refuser toute aide financière. L’opinion publique chinoise comprend clairement ce que cette guerre d’agression signifie pour le pays. Environ la moitié des importations de pétrole de la Chine proviennent du Moyen-Orient. Si l’Iran se fait écraser, le détroit d’Ormuz et l’approvisionnement en pétrole en provenance du Golfe – sur lesquels repose toute la région – tomberont encore plus complètement sous la mainmise de Washington. L’impérialisme américain serait alors en mesure non seulement de resserrer son emprise sur les pays du Sud global, mais aussi de jeter les bases de l’encerclement et finalement de l’étranglement de son ennemi numéro un : la Nouvelle Chine socialiste née de la révolution de 1949.
Et pourtant, cet enthousiasme populaire pour aider l’Iran est en contraste flagrant avec l’inaction presque totale des dirigeants chinois face à la situation désastreuse à laquelle sont confrontés l’Iran, la Palestine, le Venezuela et Cuba ; ils ont à peine envoyé de l’aide humanitaire et répété des platitudes pacifistes sur la nécessité de « l’arrêt immédiat des opérations militaires pour prévenir l’escalade des tensions et le débordement de la guerre » (Wang Yi, 8 mars). La stratégie conservatrice du PCC, consistant à rester les bras croisés, met toujours plus en danger non seulement la Chine mais l’ensemble du Sud global.
La politique d’apaisement des dirigeants du PCC découle directement de la doctrine du « socialisme dans un seul pays » typique de la bureaucratie stalinienne. Ce qu’elle cherche, ce n’est pas à briser l’ordre impérialiste américain mais simplement une bonne petite place tranquille au sein de celui-ci. Le PCC d’aujourd’hui s’accroche toujours à une nostalgie confucéenne de l’ordre révolu de la mondialisation libérale sous l’égide des États-Unis. Même après que ces derniers ont piétiné tous les prétendus principes de « coexistence pacifique », de « droit international » et de « multilatéralisme » — même après que Washington a montré à maintes reprises, de la Palestine à l’Iran, du Venezuela à la périphérie de la Chine elle-même, qu’il ne croit en rien d’autre qu’en la force brute —, les bureaucrates du PCC continuent de se comporter comme de pédants érudits confucéens se cramponnant à des exemplaires déchirés des Rites des Zhou. Ils espèrent que la retenue et la déférence pourront restaurer un ordre que l’Amérique elle-même a déjà mis en lambeaux, et leur tailler une place garantie au sein de cet ordre. Ils ne parviennent pas à saisir une vérité fondamentale : l’ancien ordre était piloté par l’impérialisme américain lui-même et il a cessé d’exister dès que Washington a commencé à l’abandonner.
La direction du PCC prétend que sa politique actuelle dépourvue de tout mordant est nécessaire pour préserver « l’ordre international » et protéger l’économie chinoise de nouveaux risques. D’autres ajoutent qu’aider matériellement l’Iran, ou tout autre pays attaqué par les États-Unis, entraînerait des sanctions. Qu’ils jettent un regard lucide sur la réalité à laquelle est déjà confrontée la Nouvelle Chine. Tandis que les États-Unis serrent la vis au monde, la Chine est contrainte de continuer à commercer sous le système du dollar, tandis que d’énormes profits tirés du travail du prolétariat chinois retournent à Wall Street. Avoir une stratégie internationaliste et anti-impérialiste ne signifie pas déclencher imprudemment la Troisième Guerre mondiale. Cela signifie utiliser le poids déjà avéré de la Chine dans l’économie mondiale pour soutenir et renforcer les luttes anti-impérialistes en cours. Si les généraux américains savaient que des sanctions chinoises pourraient les empêcher de produire ne serait-ce qu’un seul F-35, oseraient-ils encore fanfaronner aussi effrontément face à Téhéran ?
Les « stratèges » du Politburo se croient malins en pensant, apparemment, que leur ligne actuelle a épargné à la Chine les chocs énergétiques qui frappent le Japon et l’Europe, tout en laissant les États-Unis épuiser leurs réserves militaires sans que la Chine ne lève le petit doigt. À court terme, c’est tout à fait vrai. Mais le résultat stratégique serait désastreux : l’impérialisme américain écraserait l’Iran tandis que sa machine militaro-industrielle – ancrée en Amérique du Nord – resterait fondamentalement intacte.
Ce que voudraient les bureaucrates du PCC n’est qu’un fantasme : que le développement économique pacifique de la Chine puisse, à lui seul, affaiblir progressivement et finir par dépasser l’impérialisme américain. Mais quel empire dans l’histoire a jamais été vaincu par le seul commerce ? Dans une guerre, la question décisive est de détenir l’initiative et de dicter le rythme des opérations. L’impérialisme peut se précipiter tête baissée, indifférent aux ravages qu’il inflige à l’économie mondiale et aux masses parce que ses principaux représentants agissent de façon limpide et impitoyable pour défendre leurs propres intérêts de classe. Les politiciens et les généraux bourgeois ont un énorme intérêt personnel à préserver l’hégémonie américaine. Les bureaucrates du PCC, en revanche, sont pris au piège d’une contradiction. Pour défendre la Nouvelle Chine, ils doivent résister à l’impérialisme américain. Pourtant, leurs intérêts matériels personnels sont liés à l’ordre mondial piloté par les États-Unis et au système du dollar – par le biais de fortunes issues de la corruption planquées à l’étranger, de liens avec les secteurs exportateurs de l’économie, etc. C’est ce qui les empêche d’agir de manière décisive dans l’intérêt de l’État ouvrier chinois.
Un mois s’est écoulé depuis que l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, et l’impact sur les industries chinoises dépendantes du pétrole est déjà visible. Si le détroit reste fermé pendant un certain temps, le coup porté à l’économie chinoise ne fera que s’aggraver ; même la recherche, le développement et le déploiement d’énergies alternatives se dérouleront dans des conditions bien pires. Pourtant, la réponse du PCC consiste à lancer des appels abstraits à toutes les parties, y compris l’Iran, pour « mettre fin au conflit du Golfe ». Les inepties pacifistes ne lui font pas peur ! Les actions militaires de l’Iran ne proviennent pas d’un désir immotivé de « troubler la paix ». Il s’agit d’une riposte contre la machine de guerre américano-israélienne, après que les bombes américaines et israéliennes s’étaient déjà abattues sur tout le pays. La guerre entre le Corps des gardiens de la révolution islamique et les forces américano-israéliennes n’est pas un combat à armes égales. Si l’Iran déclarait un cessez-le-feu maintenant, cela reviendrait à capituler devant les États-Unis, qui utiliseraient alors leur mainmise sur le pétrole du Moyen-Orient et le détroit d’Ormuz pour resserrer l’étranglement politique et économique de la Chine.
Du côté américano-israélien, la guerre contre l’Iran est une guerre impérialiste de pillage. Du côté iranien, c’est une guerre anti-impérialiste menée par une nation opprimée. La seule position correcte est donc claire : exiger la défaite des agresseurs américano-israéliens et la victoire de l’Iran. C’est doublement vrai pour la Chine. Les bombes que l’impérialisme américain largue aujourd’hui sur Téhéran prendront demain la forme de blocus plus stricts, de sanctions plus sévères et de préparatifs de guerre intensifiés contre la Chine. Pour la Chine en tant qu’État ouvrier, l’ordre mondial impérialiste est une prison qu’il faut briser. L’intérêt de la classe ouvrière chinoise n’est pas dans les discours creux de la bureaucratie du PCC, qui fait des courbettes au nom de la stabilité et s’en remet aux convenances rituelles, mais dans une prise de position stratégique claire contre l’agression américano-israélienne : il faut se tenir aux côtés de l’Iran, de la Palestine, du Venezuela, de Cuba et de tous les peuples opprimés par l’impérialisme, et faire avancer la lutte anti-impérialiste.
La Chine jouit internationalement d’un avantage écrasant dans le raffinage des terres rares ; elle a un quasi-monopole sur les terres rares lourdes en particulier – une ressource avec laquelle elle pourrait prendre l’Occident à la gorge. Mais le PCC traite cette arme puissante comme un simple moyen de pression dans les négociations douanières avec Washington. C’est un grotesque gaspillage de cette carte maîtresse. Utilisez-le maintenant pour étrangler les États-Unis et paralyser leur machine de guerre !
Cuba est au bord de la catastrophe sociale tandis que la Chine est assise sur des réserves de change de plusieurs milliers de milliards de dollars. Une part substantielle de ces réserves doit être utilisée pour aider Cuba, et des ingénieurs chinois doivent être envoyés pour aider à reconstruire ses infrastructures.
Lors du défilé militaire de la fête nationale en septembre dernier, des armes redoutables ont défilé en vagues successives – parmi lesquelles le Dongfeng-5C, qui peut frapper partout dans le monde. Mais elles n’étaient exhibées que pour être ensuite remisées au garage. Si ne serait-ce qu’une partie de cet arsenal avait été envoyée en Iran et en Palestine, la lutte anti-impérialiste au Moyen-Orient ne serait pas dans la situation désespérée où elle se trouve aujourd’hui.
Le plus important, c’est qu’aucun de ces changements ne résultera d’un éventuel retour à la raison soudain des bureaucrates. Cela dépend entièrement de la capacité de la classe ouvrière chinoise à s’imposer comme une force politique indépendante. Si la ligne conservatrice d’apaisement suivie par la bureaucratie du PCC se poursuit sans opposition, la Chine fera face à un isolement international croissant et à un renforcement des forces capitalistes sur son propre territoire. Et lorsque ce jour viendra, ce ne seront pas les bureaucrates qui en feront les frais en premier. Ce sont la classe ouvrière chinoise et les opprimés qui porteront le fardeau le plus lourd. La classe ouvrière chinoise doit se mobiliser contre la ligne conservatrice d’apaisement de la clique bureaucratique et mettre le pays sur la voie de l’internationalisme révolutionnaire. Ce n’est qu’ainsi que les acquis de la Révolution de 1949 – et la Nouvelle Chine elle-même – pourront être véritablement défendus.

