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Il faut saluer le courage considérable des ouvriers du conditionnement de la viande, issus en grande partie de l’immigration, qui sont actuellement en grève contre JBS à Greeley, dans le Colorado. Ils subissent d’innombrables abus au travail ainsi que des menaces d’expulsion du pays, de licenciements collectifs et d’autres formes de persécution. Beaucoup ont été attirés dans ce pays depuis leur pays d’origine par des recruteurs de l’entreprise qui leur promettaient le rêve américain, et ils vivent un cauchemar américain. Aujourd’hui, aux États-Unis on est en pleine exploitation brutale des travailleurs d’origine étrangère et dans une campagne de terreur anti-immigrés orchestrée par le gouvernement, ce qui permet aussi aux patrons de détériorer plus facilement les conditions de travail des travailleurs nés aux États-Unis. Face à tout ce qui leur est infligé, les travailleurs de JBS se battent ensemble pour changer les choses, mais ils ont besoin d’une stratégie différente pour gagner.

La direction de leur syndicat, l’UFCW Local 7, a organisé cette grève pour pousser JBS à négocier de bonne foi, plutôt que pour paralyser sa production et lui forcer la main. L’entreprise est profondément hostile aux travailleurs. Les employés sont traités plus mal que les vaches qu’ils abattent. C’est une stratégie délibérée pour maximiser les profits. Les patrons ignorent les règles de sécurité, les plaintes, les doléances et les poursuites judiciaires pour traite d’êtres humains. Ils font tourner la chaîne à un rythme effréné, ne la ralentissant que lorsque des visiteurs viennent. Ils refusent d’accorder des pauses suffisantes, sachant très bien qu’il faut du temps pour retirer et remettre la cotte de mailles. Ils menacent d’appeler ICE contre les travailleurs qui protestent contre les heures supplémentaires forcées et non rémunérées. Ils ignorent les besoins particuliers des femmes en matière de pauses toilettes. Ils limitent le nombre de couteaux bien tranchants pour que les travailleurs se battent entre eux pour des lames bien aiguisées. Ils ont aménagé l’usine comme une ancienne plantation d’esclaves, plaçant côte à côte des travailleurs parlant 57 langues différentes pour créer des divisions et empêcher toute lutte commune.

Cette grève prouve que JBS avait tort là-dessus. Mais elle n’aura pas d’impact durable si on ne prend pas des mesures pour renforcer le pouvoir syndical. Quelque 1 500 travailleurs prêts à se battre sont présents aux piquets de grève à tout moment. Pourtant, les dirigeants syndicaux y vont mollement, au lieu d’essayer d’empêcher les briseurs de grève d’entrer et de paralyser l’usine. Les travailleurs du conditionnement de la viande pourraient rallier d’autres participants à leur cause s’ils tendaient la main aux éleveurs, que JBS exploite aussi, ainsi qu’à d’autres syndicats et à l’ensemble de la classe ouvrière. L’union fait la force et protège. Tous les travailleurs, y compris ceux nés aux États-Unis, ont beaucoup à gagner d’une grève qui parvient réellement à faire reculer un gros employeur en ces temps difficiles.

JBS est en train de transférer vers d’autres sites le bétail initialement destiné à Greeley. L’UFCW qui représente les travailleurs de certains de ces sites devrait les mobiliser pour qu’ils refusent de toucher aux vaches redirigées vers ces sites. Les délégués syndicaux devraient également se rendre sur les sites non syndiqués afin d’y recruter des travailleurs à l’UFCW, et en les encourageant à refuser les produits issus de la grève. Les dirigeants de l’UFCW se préoccupent davantage de la lettre des conventions collectives, que JBS bafoue tous les jours, que de comment renforcer le syndicat. Il faudrait prolonger la grève au-delà de ce week-end jusqu’à ce que JBS cède aux revendications sur la sécurité, qu’il s’agisse de l’équipement de protection pris en charge par l’entreprise ou du contrôle par le syndicat de la cadence des chaînes de production. Le syndicat doit s’imposer comme le véritable garant de la sécurité sur le lieu de travail.

  • Il faut organiser des piquets de grève massifs pour faire fermer l’usine en faisant appel aux éleveurs, aux autres syndicats et aux autres travailleurs
  • Encourager les autres usines JBS à refuser de traiter les produits détournés
  • Prolonger la grève jusqu’à ce que des mesures de sécurité élémentaires soient obtenues