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https://iclfi.org/pubs/lb/244/chine

Nous publions ci-après la présentation de notre camarade Sacramento Talavera au meeting de la Ligue trotskyste lors de la dernière Fête de Lutte ouvrière fin mai. Notre meeting a eu un grand succès, attirant une centaine de militants ; la discussion a été très riche, avec deux camps bien définis entre ceux qui défendent la Chine face à l’impérialisme américain, et ceux qui refusent de prendre un côté sous prétexte de « rivalités inter-impérialistes ». Les militants de LO se sont notablement abstenus d’intervenir, entretenant le doute sur leur position actuelle. Peu après néanmoins, LO a eu son propre meeting à la fête sur la Chine, beaucoup plus petit. Malgré leur position que la Chine a toujours été capitaliste, ils ont correctement polémiqué contre ceux qui refusent de prendre le côté de la Chine dans le conflit qui l’oppose aux USA, une position qu’ils ont par la suite développée dans Lutte de classe n° 257, juillet-août 2026.


L’impérialisme américain sème le chaos partout dans le monde. Il est en pleine offensive pour renforcer son hégémonie. Le principal obstacle sur son chemin est aujourd’hui la République populaire de Chine (RPC). Ces 30 dernières années, alors que les puissances impérialistes se désindustrialisaient et que leurs économies devenaient de plus en plus parasitaires, la Chine a au contraire développé une énorme capacité industrielle et militaire qui lui permet aujourd’hui de rivaliser avec l’impérialisme américain. Le prolétariat chinois est aujourd’hui de loin le plus puissant du monde, une armée de centaines de millions d’ouvriers d’industrie. L’offensive actuelle des États-Unis cherche avant tout à isoler et affaiblir la République populaire. En France, nos « propres » impérialistes de troisième rang, encore plus parasitaires que les Américains, se rangent nécessairement derrière Trump.

Le conflit opposant les États-Unis à la Chine est ainsi la question centrale de nos jours, et sa résolution façonnera toute une période historique. L’enjeu est clair : si les États-Unis réussissent à asservir à nouveau la Chine, cela donnerait un nouvel élan au système impérialiste pourrissant, et nous subirions à nouveau, aux quatre coins du monde, les exactions de la domination incontestée des impérialistes américains, probablement pendant des décennies. Personne ici ne souhaite un tel résultat.

La tâche des communistes dans ce moment historique est de construire un pôle prolétarien internationaliste contre l’impérialisme américain qui précipite la civilisation humaine dans une spirale mortifère, et la Chine est centrale dans ce combat : une défaite des impérialistes aux mains de la RPC renverserait le rapport des forces en faveur du prolétariat international, et donnerait un énorme élan a la lutte de classe sur toute la planète.

Néanmoins, la position de loin majoritaire dans la gauche est de dire que la Chine est « impérialiste ». Dans le cas de la gauche trotskyste, cette position, coïncidant comme par hasard avec l’opinion publique bourgeoise, est présentée comme une ligne « radicale » et inflexiblement « anti-impérialiste ». En réalité c’est tout le contraire : une capitulation devant la propagande de l’impérialisme occidental et japonais.

Pour démontrer que la Chine serait impérialiste, les organisations trotskystes citent d’habitude la définition donnée par Lénine de l’impérialisme comme l’ère des monopoles, de l’exportation de capitaux, de la lutte entre une poignée de puissances pour la répartition du monde entier. Ces organisations montrent du doigt les milliardaires chinois et citent abondamment des chiffres montrant les investissements des monopoles chinois en Afrique, en Amérique Latine ou même en Grèce. Le NPA-R et le NPA-A partagent la position que la Chine est impérialiste. Le NPA dont ils sont issus exprimait très clairement dès 2015 son raisonnement dans l’article « Reconnaître que la Chine est une puissance impérialiste » : « Si l’exportation des capitaux est bien un critère décisif, alors la Chine est impérialiste. » Voilà, pas besoin d’y réfléchir davantage.

Tout le monde cite Lénine, mais en le débarrassant de sa méthode. Les travaux théoriques de Lénine sur l’impérialisme avaient un but clair : unifier le prolétariat international par la rupture avec l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier, qui enchaînait les travailleurs à leur propre bourgeoisie. Ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui la notion de « l’impérialisme chinois » fait consensus parmi les idéologues, politiciens et commentateurs bourgeois, ainsi que parmi les bureaucrates syndicaux. C’est parce que c’est contre la Chine que se dirigent les efforts des impérialistes occidentaux. Indépendamment des intentions des organisations trotskystes, les théorisations sur « l’impérialisme chinois » servent de nœud idéologique pour maintenir les travailleurs sous l’influence de l’opportunisme et ainsi fomenter la division au sein de la classe ouvrière. C’est tout le contraire du combat de Lénine.

Un « impérialisme » pacifique ?

Mais analysons brièvement donc ces arguments. Il est vrai que la Chine a d’énormes intérêts économiques à travers le monde, qu’il y a pas mal de milliardaires, et que la politique étrangère et la politique économique de la Chine sont guidées par les intérêts des capitalistes chinois et des bureaucrates du Parti communiste. Mais ces facteurs ne font pas à eux seuls de la Chine une puissance impérialiste. Aucun empire dans l’histoire du monde n’a jamais tenu sur la seule base de sa puissance économique. L’impérialisme a besoin de la force militaire comme le feu a besoin d’air.

Si la Chine a la deuxième armée la plus puissante du monde, elle ne l’a pas utilisée depuis 1979 ! Trump était à peine revenu à la Maison Blanche quand Marco Rubio a posé au gouvernement panaméen le choix suivant : « réduire l’influence de la Chine sur le Canal, ou en subir les conséquences ». Qu’est-ce que la Chine a fait en réponse ? Rien. Les Américains ont kidnappé le président vénézuélien Maduro et pris le contrôle du pétrole du pays, un allié et fournisseur de la Chine. Qu’est que Xi Jinping a fait ? Rien. Les États-Unis et Israël ont dévasté l’Iran, un autre allié crucial de la Chine. La réponse chinoise ? Exiger un cessez-le-feu et la réouverture du détroit d’Ormuz. Elle n’a rien fait non plus pour soulager Cuba, qui se trouve dans une situation de plus en plus désespérée face à l’étranglement de l’impérialisme américain. Ce n’est pas comme ça qu’une puissance impérialiste défend ses intérêts !

La Chine n’est tout simplement pas en train de se battre pour l’hégémonie mondiale. Elle cherche au contraire en vain à s’accrocher à l’ancien ordre libéral dominé par les États-Unis, sous lequel elle s’était développée pendant trois décennies. Elle cherche à apaiser et convaincre les Américains. Là où la plupart des trotskystes dénoncent « l’impérialisme chinois », nous dénonçons l’inaction de la République populaire face aux exactions des impérialistes occidentaux.

La Chine en Afrique

L’impérialisme signifie aussi l’asservissement des pays sous-développés par une poignée de puissances. Mais la Chine n’opprime aucun pays en dehors de ses propres frontières ! En particulier pour les militants trotskystes en France, il est franchement social-chauvin de dénoncer « l’impérialisme chinois en Afrique ». Malgré les investissements de la Chine dans ce continent et la politique anti-ouvrière de ses conglomérats, ce n’est pas elle qui domine chaque aspect de la vie sociale et politique de ces pays : ce sont les impérialistes occidentaux, et notamment la France, qui ont ravagé et asservi le continent pendant des siècles et qui continuent à le faire ! Si l’armée française a été chassée récemment de plusieurs pays africains, ses entreprises se maintiennent et le franc CFA est toujours la monnaie de 14 pays africains ! À travers l’Union européenne, les impérialistes français continuent à piller et à endetter les pays du Sud global.

LO signalait l’an dernier, à juste titre, que la Chine ne détient aujourd’hui que 8 % de la dette africaine, ce qui n’est rien en comparaison de la part du lion détenue par Citigroup, JPMorgan, Bank of America, le Crédit Agricole, la BNP-Paribas et la Société Générale. LO signalait aussi que les 4,9 milliards de dollars d’investissements chinois en Afrique en 2021 équivalaient aux investissements du groupe américain Pepsi pour le seul Mexique !

Pendant que l’impérialisme américain se déchaîne partout pour réaffirmer son hégémonie, il est absurde, et en fin de compte réactionnaire, de tirer un trait d’égalité entre les États-Unis et la Chine. Le courant Révolution permanente se rend compte qu’il y a là un problème. Ces camarades critiquent donc ceux dans la gauche qui maintiennent que la Chine est carrément impérialiste. RP propose deux définitions possibles, plus nuancées, de la Chine actuelle : « un impérialisme dont le processus de construction ou de formation n’est pas encore achevé » ou bien « un État capitaliste en pleine ascension avec des traits impérialistes ». Au-delà de l’analyse abstraite, l’important c’est les conclusions politiques qu’on en tire, c’est-à-dire les tâches pour les révolutionnaires dans la période à venir. RP est très claire : le cadre commun des nuances au sein de l’organisation est « le refus de toute prise de position qui apporterait un soutien à la Chine dans sa confrontation avec les puissances impérialistes ». La distinction entre « impérialiste » et « quasi-impérialiste » ne mène donc à aucune conclusion politique différente et RP finit dans la pratique par renvoyer elle aussi dos à dos l’impérialisme américain et la République populaire. Aux États-Unis, les camarades de RP militant à Left Voice devraient être un peu mal à l’aise avec une telle ligne.

LO et la Chine

Jusqu’à récemment Lutte ouvrière, tout en considérant que la Chine est capitaliste (une position sur laquelle je reviendrai tout à l’heure), prenait position correctement pour la défense de la Chine face aux impérialistes. Lors de son congrès de fin 2024, LO avait résolu sans ambiguïté : « Aujourd’hui dans une guerre qui serait déclenchée par l’impérialisme américain contre la Chine nous serions dans le camp de la Chine ». Bravo, camarades !

LO avait aussi quelques mots tout à fait justes à dire aux théoriciens de « l’impérialisme chinois », qui basent leur analyse sur « l’exportation de capitaux ». LO écrivait en 2023 :

« Le Qatar qui s’est approprié le PSG est-il pour autant une puissance impérialiste ? L’impérialisme, c’est la mobilisation des forces armées pour défendre les intérêts économiques des grands groupes capitalistes nationaux qui exportent massivement leurs capitaux. La Chine est bien capable de prêter de l’argent à tel ou tel pays pour qu’il passe commande à des entreprises chinoises, mais c’est l’État qui le fait, pas des banques privées, et la Chine n’a encore jamais projeté de forces militaires à l’extérieur de ses frontières pour imposer le respect d’accords commerciaux ou le remboursement de prêts. Elle en est réduite à pratiquer le “soft power”, c’est-à-dire à convaincre et à séduire, là où l’impérialisme lui laisse des espaces, comme en Afrique, quand il s’en détourne. »

En parlant des provocations américaines en mer de Chine méridionale, LO disait aussi en 2023 :

« Les commentateurs aux ordres ont la bouche remplie des “menaces de l’impérialisme chinois”. Mais on n’a encore jamais vu cette dictature, si féroce qu’elle soit pour sa propre classe ouvrière et ses opposants politiques, envoyer un destroyer dans la baie de San Francisco pour y réglementer la circulation. »

C’est excellent tout ça ! Malheureusement, LO semble être en train de faire demi-tour pour rejoindre les rangs des détracteurs de « l’impérialisme chinois ». Suite à son congrès de décembre dernier, LO a écrit : « La Chine est-elle ou non impérialiste ? Cette question a fait l’objet de nombreuses discussions parmi nous. » Jusqu’à présent, la question reste sans réponse en ce qui concerne LO. Nous espérons que les militants de LO vont reconsidérer sérieusement la question.

Le film du réformisme à l’envers

À l’exception notable de LO, la plupart des organisations trotskystes, y compris nous-mêmes, considèrent que la Révolution chinoise de 1949 avait établi un État ouvrier déformé, c’est-à-dire un État qualitativement similaire à l’Union soviétique après sa dégénérescence stalinienne. Alors cela pose un problème à ceux qui maintiennent que la Chine est devenue impérialiste (ou quasi-impérialiste). Quand est-ce que la contre-révolution a eu lieu ? Pour RP, c’était un processus graduel et continu allant des réformes de marché introduites par Deng Xiaoping, à la fin des années 1970, jusqu’à l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001. Vingt bonnes années de contre-révolution en gros.

Nous avons été témoins pour la plupart d’entre nous de la contre-révolution en URSS et en Europe de l’Est. Il n’était pas difficile de remarquer que quelque chose d’important était en train de se passer. C’était un point de rupture violent, entraînant une catastrophe humanitaire, des guerres fratricides, le démantèlement de l’ancienne base industrielle. Tout le tissu social a été déchiré. L’Armée rouge s’est effondrée. Les anciens symboles (drapeaux, hymnes nationaux, monuments, etc.) ont été détruits, la législation complètement transformée. Or, rien de cela ne s’est passé en Chine.

Il n’y a eu aucun point de rupture en Chine. Au contraire, les bureaucrates chinois ont consolidé leur pouvoir après la répression brutale à Tiananmen en 1989. En intégrant l’économie chinoise à l’ordre libéral et en disciplinant d’une main de fer la classe ouvrière, ils ont réussi à développer énormément le pays. On peut comparer la politique chinoise de ces dernières décennies à la NEP sous la direction des staliniens. Vous vous rappelez le mot d’ordre de Boukharine au milieu des années 1920, « Enrichissez-vous ! ». Une bourgeoisie agraire, les koulaks, s’est développée au point de menacer l’existence même de l’État ouvrier. Les staliniens ont alors fait un brusque virage à gauche, appliquant de façon brutale et bureaucratique le programme économique de l’Opposition de gauche, ce qui a conduit à la collectivisation forcée, justifiée politiquement par la théorie de « la troisième période ».

Dans les années 1920, les impérialistes n’avaient pas envie d’investir en URSS, et la NEP se limitait pour l’essentiel aux campagnes. Mais il y a 30 ans, après la chute de l’URSS, les impérialistes ont considéré au contraire, à tort, que la chute de la République populaire était une simple question de temps, et ils y ont allègrement investi. Le « socialisme avec des caractéristiques chinoises » est une NEP élevée à la puissance 3. Sur cette base, la Chine s’est énormément développée ; en contrepartie, la politique de la bureaucratie a permis aussi le développement d’une grande bourgeoisie nationale au sein de l’État ouvrier. Cela pose une menace à l’existence même de la République populaire.

Les capitalistes chinois sont conscients du fait que cet État n’est pas le leur. Il s’agit du même État qui a exproprié leur classe en 1949. La législation chinoise sacralise formellement la propriété privée (et le socialisme). Mais la réalité est tout autre. Ce n’est pas seulement que les banques et l’industrie lourde sont toujours nationalisées, même si cela est important. Au sein même des entreprises « privées », ce sont les comités du PCC qui prennent les décisions. Un actionnaire majoritaire milliardaire risque de perdre ses investissements du jour au lendemain, et même de disparaître lui-même, s’il essaie d’agir en contrevenant aux directives du Parti. Il n’est pas exclu que, face à la menace contre-révolutionnaire des capitalistes chinois soutenus par l’impérialisme américain, le PCC fasse un brusque virage à gauche et exproprie à nouveau la bourgeoisie.

La question centrale est précisément l’État. En tant que trotskystes, nous savons tous que l’État est la manifestation de ce fait que les contradictions de classes sont inconciliables, que l’État est un organisme de domination d’une classe déterminée, qui ne peut pas être conciliée avec son antipode. En 1930, Trotsky a expliqué que ceux qui affirmaient que l’État soviétique s’était transformé graduellement d’État prolétarien en État bourgeois ne faisaient que dérouler en sens inverse le film du réformisme. En effet, les réformistes soutiennent qu’on peut passer graduellement, par des réformes, du capitalisme au socialisme, et que les flics et les généraux accompagneront pacifiquement cette transformation. De façon similaire mais en sens inverse, soutenir que la Chine est passée de la dictature du prolétariat au capitalisme équivaut à affirmer que le même État a réussi à défendre la dictature de deux classes antagonistes.

1949 : Une révolution sociale

Lutte ouvrière a une position assez singulière dans la gauche. Selon LO, la Chine a toujours été capitaliste, et la Révolution de 1949 était une révolution bourgeoise. L’argument est simple : puisque ce n’était pas le prolétariat dirigé par son parti révolutionnaire qui a fait la révolution, alors il ne peut pas s’agir d’une révolution socialiste. C’est du pur formalisme. Au-delà des étiquettes, en écrasant les armées de Chiang Kai-shek en 1949 l’Armée rouge de Mao a détruit l’ancien appareil d’État. Les capitalistes se sont enfuis à Taiwan, et ceux qui restaient ont été expropriés. Le nouvel appareil d’État a établi une économie planifiée. En voilà une drôle de révolution bourgeoise !

En fait, des événements similaires ont eu lieu en Yougoslavie à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et plus tard au Vietnam et à Cuba. Ces révolutions dirigées par des partis petits-bourgeois staliniens ou démocratiques-radicaux comme le Mouvement du 26 juillet à Cuba ont posé de sérieux problèmes théoriques aux trotskystes, et les différentes perspectives ont fini par diviser la IVe Internationale. La destruction de la IVe Internationale reste un débat crucial, mais cela dépasse largement le but de notre discussion aujourd’hui.

En fait, dans le Programme de transition Trotsky avait prévu en 1938 la possibilité théorique de tels phénomènes, peu vraisemblables à l’époque : 

« Il est, cependant, impossible de nier catégoriquement par avance la possibilité théorique de ce que, sous l’influence d’une combinaison tout à fait exceptionnelle de circonstances (guerre, défaite, krach financier, offensive révolutionnaire des masses, etc.), des partis petits-bourgeois, y compris les staliniens, puissent aller plus loin qu’ils ne le veulent eux-mêmes dans la voie de la rupture avec la bourgeoisie. »

C’est précisément ce qui s’est passé en Chine en 1949.

Le raisonnement simpliste de LO pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Le développement économique de la Chine ces 30 dernières années est inédit dans l’histoire de l’humanité. Comment est-il possible qu’un pays semi-colonial profondément arriéré ait pu se développer à un tel point sur la base du capitalisme ? Comment a-t-il réussi à briser le joug de l’impérialisme étranger ? Pour LO, ce serait grâce à un régime bonapartiste et nationaliste, une forme de capitalisme d’État, similaire à celui de Nasser en Égypte, par exemple. De tels régimes capitalistes ont aussi existé ailleurs dans le Sud global, comme celui de Cárdenas au Mexique ou de Perón en Argentine. Mais tous ces pays restent des pays semi-coloniaux sous-développés, opprimés par l’impérialisme. Il faudrait bien admettre que quelque chose de qualitativement différent s’est passé en Chine.

Pour construire un parti révolutionnaire en Chine, il est crucial que les trotskystes soient capables de s’adresser au prolétariat chinois. Dire à ces centaines de millions de travailleurs, beaucoup d’entre eux militants du PCC, qu’il n’y a rien à défendre dans la République populaire ne peut que discréditer le trotskysme à leurs yeux et les pousser dans les bras des staliniens.

Il faut défendre inconditionnellement les acquis de la Révolution de 1949 contre les impérialistes et les capitalistes chinois. Pour cela, il faut dénoncer chaque trahison des bureaucrates staliniens. Il faut montrer aux travailleurs comment leur recherche d’une illusoire « coexistence pacifique » avec l’impérialisme, ainsi que leur accommodation et leur interpénétration avec les capitalistes en Chine même, sapent la défense de l’État ouvrier ; comment leur politique étrangère trahit la lutte anti-impérialiste et discrédite la République populaire aux yeux des travailleurs et des paysans du monde entier, en particulier dans le Sud global.

Comme c’était auparavant le cas en URSS, la principale tâche politique en Chine reste, malgré tout, le renversement de la bureaucratie stalinienne elle-même, parce que le prolongement de sa domination ébranle chaque jour davantage les éléments socialistes de l’économie et accroît le danger de restauration capitaliste. On ne peut pas avancer dans ce combat sans se positionner inflexiblement pour la défense de la République populaire face à l’impérialisme. Merci camarades.